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"Faire son deuil"? Entre erreur de langage et de réalité

Voilà que l’on commence à appréhender une nouvelle réalité avec la perte d’un être aimé, que l’on tente de survivre chaque jour à la souffrance du cœur mais l’on entend doucement au loin les premières injonctions qui vont se faire de plus en plus présentes : « il va falloir que tu fasses ton deuil ! »… Quelle double peine ! 


bougie pour faire son deuil


« Faire son deuil » : un processus mal compris

 

Vous l’aurez compris je n’affectionne pas du tout cette expression « faire son deuil » car cela sous-entend que :


-       L’on doit « faire » quelque chose pour y arriver. Nous sommes très dans le « faire » aujourd’hui et cela nous rassure de savoir que l’on a le contrôle sur les choses et les événements de notre vie.


-       Cela sous-entend aussi qu’un jour ce terrible événement sera « derrière nous », qu’il y a dans ce cheminement un début, un milieu et surtout "une fin"…


L’expérience pourtant nous montre que la réalité est toute autre.

 

Le processus de deuil

 

Le processus de deuil est une réaction physiologique, psychique, biologique, neurologique, consciente et inconsciente du corps et du cerveau pour nous aider et nous protéger durant cette phase de choc qu’est la perte d’un proche.

 

Le mental met à ce moment-là en place de nombreuses réactions qui nous aideront à survivre à ce cataclysme : choc, déni, fuite, vécu dépressif, acceptation…

 

Le deuil est un processus essentiellement passif qui va se faire pour et malgré nous. Il n'y a donc rien à "faire" si ce n'est l’accueillir et le respecter, comprendre les différentes étapes que l'on peut être amené à traverser.

 

Les étapes du deuil

 

Je reviendrai plus longuement sur les 4 étapes du deuil dans un prochain article mais il faut garder en mémoire que ces étapes, suivant l’intensité de la relation avec le défunt et les circonstances du départ, prennent plusieurs années (et non plusieurs mois !) pour arriver à la dernière étape du chemin qui est l’acceptation.

 

L’acceptation ne veut pas dire que le deuil est derrière nous, oublié, fini, terminé… au contraire il prend une place « en nous », que l’on gardera précieusement dans son cœur durant le reste de sa vie.

Cette étape vous l'aurez compris dure toute la vie...


L’image de la cicatrice

 

Nous pouvons comparer le deuil à une blessure que l’on se fait sur la peau. Au début la blessure est à vif, très douloureuse, elle saigne, elle suinte. Petit à petit et malgré nous, des cellules de notre corps se mettent en action pour commence à aider à la cicatrisation. Ce processus est inconscient, naturel et nécessaire…. Tout comme le deuil.

 

Après un certain temps, la plaie n’est plus ouverte, la blessure est refermée. Pour autant, cette zone restera à jamais une zone plus sensible au toucher, la cicatrice restera toujours visible.

 

Vous l’aurez compris pour le deuil c’est la même chose : certes ce n’est plus la souffrance qui dirige notre vie mais cela restera toujours une zone plus délicate, plus fragile comme le témoin du cataclysme qui s’est invité dans notre vie.

 

 

chemin pour faire son deuil


Le deuil est un chemin


A l'image du sentier qui jalonne la forêt, le deuil est ce chemin sinueux qui dure toute une vie. Parfois il est lumineux, en pleine clairière et relativement plat et à d'autres virages il prend des teintes sombres, plus denses et devient plus difficile. Ce voyage est celui de notre vie, ces virages plus escarpés se présenteront parfois des dizaines d'années après la perte et cela est tout à fait normal.


Quoi « Faire » (pour) son deuil

 

La seule « action » que nous pouvons mener c’est de prendre soin de son deuil, de son chagrin, de ses émotions, de son corps, de ses proches, de son cœur. A l’image de la cicatrice, plus l’on prend soin d’une blessure plus l'on a de chance d’avoir une cicatrice harmonieuse et souple (mais une cicatrice quand même !).

 

Ce « faire » est en fait une écoute profonde de soi-même, un respect de sa peine et de toutes les montagnes russes que l'on traverse.

 

Nous n’avons rien à prouver à notre entourage ou nos collègues dans une recherche rapide "d’avancer" et "d'aller mieux" dans sa souffrance. Ce respect du deuil est avant tout celui du temps qui est infiniment long mais plus que jamais nécessaire et naturel.

 

Un deuil ne finit jamais !

 

A tous ceux qui ont connu des deuils intenses, la réalité est là : cette perte nous accompagnera TOUTE notre vie.

 

Le cheminement du deuil nous invite en fait, petit à petit, à ce que ce ne soit plus la souffrance qui dirige notre vie émotionnelle. En aucun cas cela signifie de tendre vers l’oubli ou de mettre un trait sur cet événement si marquant en se disant « ça y est c’est derrière moi désormais »


Nous réalisons plutôt que "ça fait parti de moi et ça le restera toujours".

 

Toute notre vie des reflux d’émotions reviendront, en témoignage de cette relation si précieuse que nous avons eu avec notre défunt, toute notre vie son souvenir imprégnera notre existence de ses différentes teintes, de son amour, de son caractères, de son enseignement, de ses passions de son partage… Nous grandirons et cheminerons avec toutes les parties de son être.

 


Arrive un jour où nous arrivons à parler du défunt avec un apaisement qui nous surprend, à rire, à s’engager dans de nouveaux projets, à aimer de nouveau, à s'autoriser à revivre, différemment parfois mais en retrouvant de nouvelles joies dans son quotidien…

Il est là le « cheminement » du deuil, avec au fond du cœur la présence éternelle et la force de l’être aimé qui ne nous quittera plus jamais.

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